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04/02/2005

1er décembre 1944, le massacre du camp de Thiaroye

Actuellement le président français Jacques Chirac est en visite officielle au Sénégal. Il se promène à Dakar, il a été à Saint-Louis, l'ancienne capitale de l'Afrique Occidentale Française, il a parlé du passé commun qui unit les deux pays depuis des siècles, de ces liens forts qu'il faut conserver. C'est très important ces temps-ci de dire qu'il ne faut pas oublier, se souvenir du passé. Mais la mémoire est sélective. On ne parle que des côtés agréables de la colonisation. Comme si une colonisation pouvait être agréable pour le peuple colonisé et asservi. On ne se souviendra pas non plus de l'esclavagisme. De quoi se souviendra t-on à vrai dire?

Il y a quelques jours on commémorait la libération du camp d'Auschwitz, et on parlait de devoir de mémoire. Avez-vous entendu parlé du massacre du camp de Thiaroye? Probablement pas! Mais peut-être avez-vous entendu parler des tirailleurs sénégalais? Mais si, tous ces africains qui sont venus défendre la mère patrie française contre l'invasion nazie? Eh bien quand la guerre était finie, qu'est-ce qu'on a fait de ces braves gens qui étaient venus défendre la France? On les a renvoyés chez eux, tout simplement, avec les remerciements de la France.

Une fois en Afrique, ils sont entassés dans le camp de Thiaroye où dès le début le racisme et l'amnésie de certains gradés français doivent décevoir ces hommes qui sont allés défendre un autre pays que le leur, mais qui sont désormais traités comme des sous-hommes, par des personnages souffrant encore du complexe de supériorité colonial. On leur retire d'ailleurs les uniformes militaires qu'ils avaient pour les remplacer par une tenue plus ordinaire et un chapeau rouge identiques à ceux tristement popularisés par la "pub" "y a bon banania". De plus l'administration militaire se montrera évasive au sujet du paiement des indemnités des soldats, prétextant des difficultés budgétaires. Rappelons le, leurs camarades "français de souche" avaient déjà été payés, eux. Ces hommes se mutinent, et prennent en otage un général français, le 30 Novembre 1944 qu'ils libéreront quelques heures plus tard, après que ce dernier ait affirmé les avoir compris, et qu'ils recevraient leurs indemnités avant d'être démobilisés.Mal leur en prit car, quelques heures plus tard, le 1er Décembre 1944, sur ordre de ce même général et avec l'approbation de la hiérarchie, l'armée française, bien que sachant que les tirailleurs étaient désarmés, a donné l'assaut au camp en utilisant son artillerie lourde, dont des chars d'assaut.Le camp fut détruit, et un grand nombre de tirailleurs y laissèrent la vie, non pas du fait de canons nazis, mais de canons français, ces français dont ils avaient libéré le territoire.Les survivants durent enterrer à la hâte les malheureux disparus, puis rentrer chez eux, sans toucher les primes promises. Trente-quatre des survivants du massacre seront jugés et condamnés à des peines allant jusqu'à dix ans de prison, et découvriront les joies des geôles de la France coloniale. Ils seront finalement libérés en juin 1947, après que Léopold Sédar Senghor, devenu député du Sénégal, ait écrit au président Vincent Auriol pour demander la libération des prisonniers. Ils ne recevront évidemment pas la moindre indemnité ni la moindre pension de guerre. A ce jour aucune réparation envers ses tirailleurs sénégalais n'a été faite. Comme quoi, la mémoire peut aussi être sélective parfois...

Pour plus d'info, un film intitulé Camp de Thiaroye, de Sembène Ousmane, existe, qui relate cette triste journée du 1er décembre 1944, et il est disponible en DVD. Vous pouvez également lire La France et ses tirailleurs, de Charles Onana, ou Noirs dans les camps nazis, de Serge Bilé...

Commentaires

Addendum. Lors de sa visite à Dakar (jeudi matin en fait, le 03 février 2005), le président français Jacques Chirac s'est rendu au Mémorial du tirailleur, une statue baptisée "Demba et Dupont", représentant, côte à côte, un poilu français et un tirailleur sénégalais. La France aurait décidé l'an dernier de dégeler les pensions des combattants africains bloqués. Plus de 120 millions d'euros ont été inscrits au budget cette année pour honorer cette dette. Mieux vaut tard que jamais!!

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